Redécouvrez la magie de la photographie argentique

Dans un monde où le numérique règne en maître, on pourrait penser que la pellicule photo appartient au passé. Pourtant, elle continue de séduire de nombreux photographes, dont moi. Que vous soyez un nostalgique ayant connu la photographie argentique il y a plus de vingt ans ou que vous ne connaissiez que l’ère numérique, laissez-moi partager avec vous ma passion et mes conseils pour cette pratique intemporelle. En l’utilisant encore aujourd’hui, j’ai l’impression de prolonger l’œuvre des pionniers de la photographie.

Bardenas, Espagne. Kodak Portra 400

J’ai grandi avec la pellicule photo. À l’époque, capturer une image était un acte réfléchi. Il n’y avait pas de mémoire illimitée ni de possibilité de supprimer une photo ratée. Chaque cliché avait une valeur. La pellicule était bien plus qu’un simple support : c’était un moyen d’immortaliser un instant de manière réfléchie et authentique. Je me souviens encore de cette époque où l’on attendait patiemment le développement des photos, sans savoir ce que l’on allait découvrir exactement.

Pour moi, l’argentique est l’essence même de la photographie. C’est un procédé chimique qui permet de fixer la lumière sur un film, une alchimie complexe qui me fascine. Cette approche, plus lente et réfléchie, est encore un terrain de jeu idéal pour les photographes qui aiment prendre leur temps. Et, ayant fait beaucoup de chimie lors de mes études, je trouve une vraie satisfaction dans ce côté technique et précis qui demande une certaine maîtrise.

C’est pour cela que je continue toujours à faire vivre la photographie argentique lors de mes voyages, et c’est toujours un plaisir de découvrir le résultat en rentrant.

C’est aussi une leçon de patience. Contrairement au numérique où tout est instantané, il faut attendre pour découvrir ses photos. Cette attente, bien que frustrante parfois, nous apprend à ralentir, à savourer le processus et à accepter que chaque cliché soit précieux.

La photo argentique (photo de gauche) et les préparatifs (photo de droite) pour assurer une bonne mise au point et la bonne exposition, une question de patience.

Un défi accessible à tous

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la photographie argentique n’est pas un domaine réservé à une élite de photographes experts. Bien sûr, la technique demande une certaine compréhension des bases de la photographie, mais avec un peu d’attention et le bon matériel, n’importe quel passionné peut se lancer. Les appareils photo argentiques sont souvent très simples à utiliser, mais c’est là tout le charme. Il n’y a pas de menus à parcourir, pas de paramètres à ajuster électroniquement : tout est manuel ou presque, et chaque geste compte. De plus, ces appareils sont souvent vendus à bas coût sur le marché d’occasion, et on peut même trouver des pépites qui sont souvent cédées pour quelques miettes par des personnes qui ne s’y connaissent pas et qui veulent juste s’en débarrasser lors des brocantes.

Si je prends pour exemple le mien, un Minolta X-300 avec son objectif 35-70 mm f/2,8, je l’ai acheté à 40 € lors d’un vide-grenier, autant dire une bouchée de pain. C’est un appareil photo datant des années 80, idéal pour débuter la photographie argentique sans prise de tête, car il est équipé de série d’une cellule photoélectrique qui permet de vous donner un ordre d’idée de la vitesse d’obturation afin d’éviter de faire des clichés sous ou sur-exposés.

Minolta X-300

C’est exactement le genre d’appareil photo que je vous recommande pour débuter ou reprendre l’argentique sans trop de prise de tête. Cela vous évitera de « brûler » des poses par manque de réglages.

Si votre appareil photo ne possède pas de cellule photoélectrique intégrée, il est possible d’acheter une cellule externe si vous en ressentez le besoin.

Le principal défi réside également dans la gestion des ISO. Contrairement à l’appareil numérique où l’on peut ajuster les ISO à tout moment, une fois la pellicule chargée, ses ISO sont fixes et il est impossible de les changer en cours de route. Ce qui vous oblige à réfléchir plus attentivement à la lumière ambiante avant de prendre chaque photo. Il est d’une importance CAPITALE de connaître le triangle de l’exposition (sensibilité, temps de pose et ouverture du diaphragme), sinon vous allez non seulement utiliser des pellicules pour rien, mais aussi perdre de l’argent. Il faut prévoir la sensibilité des pellicules en adéquation avec votre lieu et le moment de prise. Par exemple, pour moi, si je sais que je vais dans un lieu fortement lumineux, surtout un désert, je prends du 100 ISO ; sinon, je prends du 400 ISO pour d’autres situations un peu passe-partout. Je m’adapte.
Si vous savez que vous allez prendre des photos en intérieur ou bien pour un événement où il risque de manquer de lumière, les pellicules ISO 800 ou plus seront le bon choix.

Veillez à bien choisir vos ISO

Une photo qui a un coût

Une autre particularité de l’argentique est le coût des photos. Chaque pose a un prix, à la fois lors de l’achat de la pellicule, mais aussi lors du développement. Cela nous oblige à prendre notre temps, à bien composer chaque image et à ne pas faire de clichés à tout-va. Dans l’ère du numérique où l’on peut effacer instantanément les erreurs, l’argentique nous enseigne à être plus conscients de nos choix.
L’argentique nous apprend à être patient, à savoir attendre et surtout : à prendre son temps.
C’est réellement une activité de développement personnel.

Face à la photographie numérique de plus en plus précise et à une qualité quasi irréprochable, retourner à la photographie avec des défauts crée un certain charme que j’adore. Parfois, les défauts attirent plus que le parfait.

Mais d’un autre côté, on en apprend tous les jours car on va forcément rater une photo. Dans le numérique, si on rate, on supprime ; pas dans l’argentique. Une photo ratée est une photo ratée, et on le découvre trop tard, d’où la formation nécessaire.

Rakssetra, Norvège. Kodak Portra 400

Si vous optez pour un vieux reflex à objectif interchangeable, oubliez également l’autofocus : vous devez vous-même faire la mise au point, mais cela s’apprend vite aussi. Le viseur de ces reflex intègre des microprismes et des stigmomètres. Sans entrer dans les détails et en résumé : ce sont des indicateurs qui aident à savoir si la mise au point est correcte en assemblant par exemple deux demi-cercles.

Viseur du X-300 avec son microprisme et son stigmomètre

Mais n’ayez pas peur, il existe également des reflex argentiques autofocus 😉 Il suffit de choisir des appareils modernes comme l’excellent Nikon F100 ou bien le Minolta Dynax 7xi.

Vous voulez plus de simplicité ? Optez pour des appareils point & shoot, ces appareils photo grand public avec une focale fixe et une mise au point réglée sur l’infini qui permettent de prendre des photos sans réglages. C’est un excellent point de départ, sans aucun casse-tête, pour faire des photos argentiques et cela ne retire en rien le charme des photos qui ressortent pour celles et ceux qui apprécient les clichés argentiques et le grain qui les accompagne. Toutefois, gardez en tête que la sensibilité est très importante pour éviter de mauvaises expositions des photos. Je vous invite à bien lire le mode d’emploi de l’appareil photo si vous en achetez un.

Fujifilm DL-400

Mes pellicules préférées

Car oui, il en existe une panoplie sur le marché. Le choix de la pellicule est crucial, car il influence directement le rendu final des images.

Le marché des pellicules photo ne s’est jamais aussi bien porté et les constructeurs iconiques sont toujours présents, malgré un passage à vide dans les années 2010, en particulier Kodak qui renaît de ses cendres après une faillite qui a fait parler de cette marque bien connue.

Lofoten, Norvège. Kodak Portra 400

C’est pour cela que vous risquez d’être perdu face aux nombreux choix disponibles.

Tout d’abord, commencez par définir votre format ; le plus classique sur les appareils photo est le format 35 mm (ou 135), mais veillez à bien le confirmer en consultant la notice d’utilisation de votre appareil argentique. Si vous ne l’avez pas, vous pouvez facilement trouver les informations nécessaires sur Internet. Il existe d’autres formats connus comme les moyens formats avec leurs pellicules 120 qui possèdent une plus grande surface sensible, environ 3 fois celle du 35 mm.

Ensuite, vous pouvez sélectionner une pellicule noir et blanc ou couleur, puis il faut choisir parmi tous les styles qui existent, car toutes les pellicules ont un style et un grain particulier.

Personnellement, j’ai une grande préférence pour les pellicules couleurs Kodak Portra et Ektar, ou bien les Fujifilm Velvia. J’utilise le plus souvent les Portra, mais ce n’est qu’une question de choix. D’autres marques comme Lomography, Cinestill ou Washi proposent également des alternatives intéressantes.

On ne peut pas faire de règle spéciale pour le choix du style de la pellicule, car on parle bien de style, puisque le résultat final dépend des couleurs et des saturations bien spécifiques des pellicules. Il y en aura qui seront plus saturées au niveau des couleurs, d’autres plus douces et encore d’autres avec des tons chauds. Bien sûr, on peut faire des généralisations, mais rien ne remplace l’expérience.

Utah, Etats-Unis. Kodak Ektar 100

Achetez une pellicule, testez-la, et puis comparez-la avec d’autres pellicules.

Si vous débutez complètement, n’hésitez pas à acheter des pellicules les moins chères possibles, comme la Fujifilm Color 200 ou l’Ilford HP5, ou bien des noir et blanc comme la Fomapan 400 que l’on peut trouver à moins de 10 € dans certains magasins.

Nombre de poses

Quand vous achetez vos pellicules, faites également attention au nombre de poses, c’est-à-dire le nombre de photographies maximum que vous pouvez faire avec les pellicules. On parle de longueur de film : plus le film est long, plus vous pouvez faire de photos.

La plupart des cas, vous allez trouver des 36 poses, mais vous pouvez également avoir des 24 poses.
De façon générale, vous verrez sur l’emballage une inscription de type 135-36, cela veut dire que la pellicule est compatible avec les appareils 35 mm et que le film possède 36 poses.

Concernant le développement, ce n’est pas parce que vous avez une 24 poses que vous paierez moins cher. De façon générale, vous payez le même prix que ce soit une 36 ou une 24 poses.

Astuces

Vous avez acheté votre pellicule, et je parie que vous êtes pressés de l’installer sur votre appareil photo et de partir à l’aventure. Mais soyez patient, ne l’installez pas tout de suite ! Il me reste quelques astuces à vous donner.

Tout d’abord, prenez une photo avec votre smartphone de la pellicule que vous vous apprêtez à installer, veillez à bien voir les ISO et le nombre de poses, car une fois installée et l’emballage jeté, vous n’aurez aucune autre occasion d’ouvrir la trappe de votre appareil photo pour voir quelle pellicule vous avez installée.

Deuxième astuce, si vous avez un appareil photo avec une cellule photoélectrique intégrée, veillez à bien sélectionner la bonne valeur ISO, c’est primordial pour que l’appareil photo vous donne le bon temps de pose.

Troisième astuce, ayez toujours avec vous le mode d’emploi ou bien un scan sur votre smartphone de votre appareil photo pour pouvoir bien installer la pellicule et connaître comment rembobiner correctement votre film une fois toutes les photos prises.

Cela a l’air simple, mais quand nous débutons, on peut vite se faire piéger. On n’est pas à l’abri d’un film mal enclenché, plié ou bien qui n’est pas correctement placé dans les crans d’entraînement qui servent à faire avancer le film. Le pire serait de déchirer le film. N’hésitez pas à chercher si des vidéos tutorielles de votre appareil photo existent sur internet, cela peut être une grande aide.

Il est important de bien installer la pellicule dans son emplacement, puis de faire deux ou trois déclenchements avant de réaliser la première pose afin d’éviter d’avoir des photos voilées, exposées à la lumière lors de la mise en place. En même temps, vérifiez si la manivelle de rembobinage tourne à chaque fois que vous avancez vers une nouvelle pose.
Pour rembobiner la pellicule manuellement, tirez la tigette et tournez la molette dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Quand il n’y a plus de résistance, c’est terminé. N’ouvrez jamais le dos du boîtier en cas de doute sur le rembobinage ou si le film semble déchiré. Si besoin, faites appel à un labo photo.

Une dernière astuce : si votre appareil photo possède des piles, veillez grandement à ne jamais laisser l’appareil photo allumé, car la majorité ne dispose pas de mise en veille automatique. Il serait dommage de ne pas avoir de piles le jour de votre shooting, surtout que certaines piles sont rares à trouver.
Je parle en connaissance de cause, car une fois, j’ai laissé l’appareil photo allumé pendant un mois ; j’avais oublié de l’éteindre et, quelques jours avant mon départ pour la Norvège, j’ai remarqué mon erreur ! Heureusement, mon magasin photo avait les piles adéquates. D’où l’importance de bien vérifier votre matériel photo plusieurs jours avant votre départ pour être prêt et parer à toute éventualité.

Le développement

Il s’agit du moment que l’on attend tous, avoir le résultat de nos prises de vue !

Cathedral Valley, Utah, Etats-Unis. Kodak Ektar 100

Si vous avez de la chance, vous aurez un labo photo dans votre ville, vous pouvez les faire développer près de chez vous et avoir les résultats rapidement. Pour moi, le magasin où j’achète mes pellicules fait le développement sur place, donc c’est très pratique. Je n’ai pas besoin de faire appel à un labo photo sur internet. Mais sachez que cela existe, vous pouvez envoyer votre pellicule par courrier et le labo photo fera le nécessaire pour faire le développement et vous envoyer le tirage ou les scans numériques.

Je ne saurai pas vous conseiller un site en particulier car je n’ai jamais eu l’occasion de les tester. Si vous faites appel à ce genre de labo en ligne, faites attention à la localisation, favorisez un labo français que l’on peut facilement contacter en cas de problème, et attention également à l’envoi ; si la pellicule est endommagée au cours du transport, elle sera définitivement perdue.

Personnellement, après le développement, je demande toujours un scan numérique avant de les imprimer. Le labo photo me les envoie par WeTransfer et je choisis celles que j’imprime. Cela évite d’utiliser du papier photo sur des photos ratées ou inintéressantes.

Concernant le prix, il faut en moyenne 15 € par pellicule.

Les aéroports et les rayons X

Quand vous voyagez avec vos pellicules et que vous devez prendre l’avion, il y a des précautions à prendre avant de passer les portiques de sécurité et leurs rayons X. La principale raison est bien connue : les pellicules sont sensibles aux rayons X, et ces derniers peuvent les endommager.

Cela est problématique, donc la majorité des autorités aéroportuaires autorisent un contrôle manuel de la pellicule en les faisant passer par les détecteurs de stupéfiants et d’explosifs qui n’ont aucune incidence sur l’état de la pellicule. Aux États-Unis, il est même interdit à un agent de refuser le contrôle manuel d’une pellicule ; il est même écrit en grand à l’aéroport de New York qu’il faut se signaler si l’on transporte des pellicules. J’imagine que Kodak, entreprise américaine, a su faire pression en faveur de cette réglementation, elle qui revit depuis le retour à la mode des pellicules.

Plusieurs petits conseils concernant les pellicules et les aéroports : préparez vos pellicules bien avant les portiques de sécurité, car une fois dans la file d’attente, ça va très vite et les agents de contrôle mettent toujours la pression pour aller encore plus vite. Quand vous êtes photographe et que vous devez sortir vos appareils photo, drone, tablette et caméra, et que vous pouvez prendre tout le tapis à vous seul, il est facile d’oublier la pellicule au fond du sac à dos.

De ce fait, ayez avec vous les pellicules dans un petit sac refermable et une boîte qui se ferme bien. Présentez-vous à l’agent et expliquez gentiment votre demande, et tout se passera bien, ils ont l’habitude.

Avant de voyager avec votre argentique, renseignez-vous bien de la réglementation concernant les pellicules dans le pays de destination, en particulier lors du retour. Car si, pour partir, il n’y a aucun souci en France, si en revenant, les agents de contrôle veulent à tout prix que la pellicule passe par les rayons X, vous ne pouvez rien négocier pour éviter cela.

En théorie, les pellicules en dessous de 800 ISO peuvent passer au rayons sans souci de dégradation, mais, personnellement, je n’ai jamais essayé. Surtout que des études montrent qu’un simple passage au rayons X, surtout les scanners de nouvelles générations, peut suffire à créer un voile sur tous les négatifs ; cela dépend fortement de la puissance des rayons selon les pays. En revanche, les films déjà développés sont insensibles aux rayons X.

D’où mon dernier conseil, si vous ne pouvez rien faire passer à l’aéroport, vous pouvez toujours acheter les pellicules et les faire développer dans le pays visité. Cela peut être une bonne alternative.
J’ai entendu parler également de l’existence de sacs en plomb qui pourraient protéger des rayons, mais je doute qu’un objet opaque qui apparaît au contrôle des agents de sécurité puisse passer inaperçu et vous ferait perdre beaucoup plus de temps.

Pour résumer, voici quelques conseils pour bien débuter :

  • Prenez en photo votre pellicule avant de l’insérer dans l’appareil, afin de garder une trace des ISO et du nombre de poses.
  • Vérifiez les réglages de votre cellule photoélectrique si votre appareil en possède une, essayez de changer l’éclairage et vérifiez si la cellule photoélectrique répond bien.
  • Gardez toujours le manuel de votre appareil sur vous (ou un scan sur votre téléphone) pour éviter toute mauvaise manipulation.
  • Assurez-vous que votre pellicule est bien enclenchée pour ne pas risquer de perdre une série de clichés.
  • Si votre appareil fonctionne avec des piles, pensez à léteindre après chaque utilisation, car la plupart ne possèdent pas de mise en veille automatique.

En appliquant ces conseils, vous pourrez profiter pleinement de l’expérience argentique et redécouvrir la photographie sous un angle plus artistique et authentique.

Conclusion

La photographie argentique, loin d’être une simple tendance nostalgique, est une véritable école de patience, de technique et de créativité. Elle nous invite à ralentir, à réfléchir avant d’appuyer sur le déclencheur et à apprécier pleinement le moment capturé. Certes, elle demande un peu plus de rigueur et d’investissement que le numérique, mais c’est justement ce qui en fait tout le charme.

Que vous soyez curieux, passionné ou simplement en quête d’une nouvelle expérience photographique, l’argentique offre une approche unique et gratifiante. Alors, pourquoi ne pas tenter l’aventure ? Chargez une pellicule, partez explorer et laissez-vous surprendre par la magie intemporelle de la photographie sur film.

Morvan, France. Fuji Color 400

Laisser un commentaire

Retour en haut ↑

En savoir plus sur Massi Arezki

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture