Dans la continuité de mon blog photographe voyageur, j’aimerais vous raconter comment le voyage et la photographie sont intimement liés depuis le début de la photographie. En effet, depuis que la photographie existe, les deux sont presque inséparables.
Mais même avant cela, avec la peinture, l’être humain a toujours eu ce besoin d’immortaliser les paysages, les gens et les moments marquants de ses explorations.
C’est dans la nature même de l’humanité de garder un souvenir de voyage. Personnellement, je dis même souvent que je n’ai pas besoin de ramener des objets en souvenir, les photos me suffisent amplement.
Pour moi, c’est là que tout commence pour les photographes voyageurs : des passionnés d’exploration, curieux et déterminés à partager les merveilles du monde avec les autres. Mais cela ne veut pas dire qu’il suffit de prendre des photos à la volée. Il faut savoir immortaliser une scène avec soin, pour que le souvenir garde toute sa force à travers le temps. Ces pionniers de la photographie n’étaient pas seulement des aventuriers, ils étaient de véritables experts. Ils devaient maîtriser l’art du cadrage, la mise au point, le temps de pose et même la chimie nécessaire pour développer correctement leurs images.
Le besoin humain d’immortaliser ses voyages
Depuis toujours, l’être humain a cherché à garder en souvenir ses voyages. Peintures, croquis, puis photographies : chaque époque a ses techniques pour capturer des souvenirs.
Les photographes voyageurs nous ont permis de voir ce que, jusque-là, il fallait simplement imaginer à travers des récits.
Avant la photographie, les personnes qui lisaient des récits de voyages n’avaient que leur imagination pour deviner les paysages et les individus décrits par l’explorateur. Avec l’essor de la photographie, tout change : le public peut enfin voir ce qu’il devinait auparavant à travers les écrits des explorateurs.
Les pionniers de la photographie de voyage
Les photographes voyageurs ont toujours été de grands curieux, explorant des contrées lointaines pour rapporter des images inédites. Parmi eux, Pierre-Gustave-Gaspard Joly et Joseph-Philibert Girault de Prangey figurent parmi les pionniers. Joly fut le premier à photographier Athènes et l’Acropole avant de poursuivre son périple en Égypte et au Moyen-Orient, publiant plus tard Excursions daguerriennes en 1840. « Daguerrienne » fait référence à son appareil photo : le daguerréotype.
Girault de Prangey, quant à lui, parcourt l’Europe, l’Égypte, le Moyen-Orient et l’Asie Mineure. Si les photographes d’aujourd’hui sont connus pour prendre beaucoup, beaucoup de photos, ce n’est pas nouveau, Girault de Prangey en a pris plus d’un millier qui ont été retrouvées plusieurs années après sa mort dans sa maison abandonnée (et on estime qu’une grande quantité a été dérobée), un nombre incroyable pour l’époque. Le plus intéressant, c’est qu’avec la technologie encore nouvelle de la photographie sur plaque, il se permettait de doubler, voire tripler les prises de vue avec de petites variations du cadrage.
Nous n’avons absolument rien inventé avec les deux ou trois photos de la même scène que nous prenons avec nos smartphones.
L’exemple de Girault de Prangey montre déjà à quel point la répétition et la précision étaient essentielles dans la photographie.

Un savoir-faire technique indispensable
De ces pionniers, j’ai beaucoup appris d’enseignements :
- ne pas avoir peur de déclencher encore et encore jusqu’à la photo parfaite,
- L’ouverture d’esprit pour aller vers des pays inconnus,
- et oser prendre des photos pour en faire des œuvres à publier.
- Il faut également avoir une bonne condition physique pour arpenter les paysages qui défilent au fil des mois avec un équipement qui n’a rien à voir avec les nôtres. Leur équipement, extrêmement lourd, pesait parfois jusqu’à 50 kilos : entre les plaques de verre, les produits chimiques et le trépied, le défi était réel. Quand je compare cela à mes 14 kilos de matériel, je me dis que je m’en sors plutôt bien !
Mais ce n’était pas seulement une question de poids : leur talent résidait aussi dans la maîtrise de la technique photographique pour offrir des souvenirs de qualité, qui se perpétueraient dans le temps.
Je peux encore continuer à citer d’autres pionniers photographes voyageurs comme Francis Frith ou Désiré Charnay. Grâce à eux, nous avons des souvenirs éternels de ce qui était le 19ème siècle.

Je suis un passionné de photos anciennes ; pour moi, on a tellement à apprendre du passé pour améliorer nos photos futures. Les anciennes photos ont un charme que les nouveaux appareils photo ne savent pas produire. Bien sûr, on se rapproche de plus en plus de la perfection concernant la qualité des photos actuelles ; heureusement, c’est même très bien. Mais ce n’est pas parce que la qualité est là que l’histoire sera vraiment présente.
C’est pour cela que j’ai repris la photographie argentique. Sur les photos issues de pellicules, on retrouve un certain grain, un certain style que je n’arrive pas à retrouver dans le numérique. Il y a aussi un petit côté nostalgique : prendre une photo, attendre le développement pour voir le résultat et aller chercher les négatifs. Je revis en quelque sorte la vie des pionniers de la photographie et c’est toujours un réel plaisir de revoir ces photos.

En choisissant des experts de la photographie qui possèdent plus de 50 ans d’expérience, on peut énormément apprendre à composer des photos grâce à leur travail pour créer les nôtre. Je citerai Steve McCurry, Michel Yamashita, Saul Leiter ou bien Bruno Barbey.
Ce que je recherche dans la photo n’est pas les images parfaites retouchées à l’extrême et sans défaut sur Instagram, mais des images qui vont très bien avec leurs défauts.
J’avais longtemps sous-estimé mes photos car je voulais absolument qu’elles soient parfaites et sans défauts, mais j’avais perdu mon temps. J’ai beaucoup plus apprécié et pris plaisir à faire de la photographie en acceptant mon style et en arrêtant de rechercher comment rendre mes photos parfaites. J’avais oublié l’essentiel : vivre mon voyage.

L’évolution de la photographie de voyage jusqu’à nos jours
Nous avons parcouru un long chemin depuis ces pionniers. Aujourd’hui, tout le monde peut prendre des photos de ses voyages en quelques secondes avec un smartphone. Mais la photographie de voyage reste bien plus qu’une simple capture d’image. Elle continue d’être un art et un moyen de communication puissant, nous permettant de partager des moments uniques avec le monde.
Nous avons vu que, depuis l’invention de la photographie, les explorateurs l’ont tout de suite adoptée pour documenter leurs voyages.
En presque deux siècles, nous sommes toujours au même point : nous voyageons et nous photographions nos voyages. Cette quête de souvenirs est ancrée en nous et nous ne pouvons pas nous en passer. Nous avons tous des milliers de photos de voyage dans nos smartphones.
Ce qui montre clairement que la photographie et le voyage sont intimement liés depuis le tout début.
Alors même si certains disent que prendre des photos durant nos voyages nous évite de profiter du moment présent : c’est faux. Mais à une seule condition : connaître votre appareil photo par cœur afin de ne pas avoir la tête dans vos réglages. Au contraire, ne résistez pas à vos envies de prendre des photos des lieux et des personnes qui vous marquent.
Quand vous rentrerez chez vous, les photos vont vous servir à vous remémorer toutes les aventures que vous avez vécues. Et à chaque fois que vous les revoyez, vous allez continuer à marquer d’autant plus ces souvenirs. Dans quelques dizaines d’années, quand des souvenirs commenceront à disparaître, vous pourrez toujours reprendre les photos pour vous rappeler les souvenirs.
Si vous avez écouté certaines critiques sur le fait de ne pas prendre de photos, vous aurez perdu ces souvenirs pour toujours.
La redécouverte des voyages locaux
On a souvent l’impression que pour faire de belles photos de voyage, il faut partir loin, vers des destinations exotiques ou inaccessibles. Pourtant, être un photographe voyageur ne veut pas dire partir loin ; on peut voyager à quelques pas de chez nous et finir par découvrir que nous ne connaissons pas tout ce qui se trouve à proximité. On sous-estime souvent la richesse de ce qui nous entoure au quotidien. Voyager localement permet de voir notre propre environnement sous un nouvel angle, de redécouvrir des lieux que l’on croyait connaître et d’apprendre à apprécier la beauté du quotidien.
Il est fascinant de constater qu’à force de vouloir toujours aller ailleurs, on passe à côté de ce qui se trouve à quelques pas de chez nous. La nature, les petits villages, les rues familières, mais vues sous une lumière différente ou à une autre saison, peuvent révéler des paysages inexplorés et des moments uniques à capturer.
Redécouvrir son environnement local, c’est avant tout une question de regard. Il suffit de changer de perspective pour que des lieux ordinaires deviennent des sujets extraordinaires. Soyez à l’affût de tout ce qui se passe autour de vous, même si vous connaissez une rue par cœur, une lumière ou un sujet peut tout changer en passant à une heure inhabituelle.

A l’image de la photo ci-dessus, je passe presque chaque jour par cette rue pour aller vers mon travail. À la fin de la journée, je suis passé par là ; le ciel était orange et des travaux venaient d’avoir lieu. Cette ligne discontinue jaune qui va jusqu’à la Cathédrale de Reims avait attiré mon regard et j’ai immédiatement sorti mon appareil photo. Vous non plus, n’hésitez pas à sortir votre appareil photo pour capturer tout ce qui attire votre regard, même si vous n’êtes pas en voyage.
Ce qui est formidable avec les voyages locaux, c’est que l’on peut y retourner encore et encore, à différents moments de la journée, sous différentes lumières, et au fil des saisons. C’est une opportunité d’approfondir la relation avec un lieu, de comprendre ses rythmes et ses subtilités.

A l’exemple du département voisin, les Ardennes (photo ci-dessus), où je découvre chaque fois que j’ai envie d’explorer toujours plus de coins que je ne connaissais pas. Ou bien juste à côté de chez moi avec le canal qui change de visage à toutes les saisons (photo ci-dessous).

En explorant des zones proches de chez soi, on prend aussi conscience de la richesse culturelle et naturelle qui nous entoure. Les rencontres avec les habitants peuvent être tout aussi marquantes que celles faites lors d’un grand voyage. Ces petites découvertes locales nourrissent également la curiosité et renforcent l’esprit d’aventure, même à une échelle réduite.
Pour un photographe, les voyages locaux sont une source infinie d’inspiration. Contrairement aux voyages à l’étranger, souvent limités dans le temps, l’exploration locale permet de revenir régulièrement dans les mêmes lieux pour approfondir sa vision. C’est une opportunité de suivre l’évolution des paysages, de capturer les changements de saison, et de créer des séries photographiques cohérentes qui racontent l’histoire d’un lieu à travers le temps.

Ce lien entre proximité et photographie est souvent sous-estimé, mais il a un pouvoir immense pour ceux qui savent l’exploiter. Les grands photographes de l’histoire nous ont montré que les voyages ne sont pas forcément une question de distance, mais d’approche. C’est l’œil du photographe qui donne du sens à ce qu’il capture, et cette capacité à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire est la clé pour créer des images mémorables.
L’importance d’un bon archivage et d’un tri rigoureux
Mais attention, pour que toutes vos photos ne tombent pas dans les limbes des photos non triées, il est important de faire un bon éditing, c’est-à-dire les trier, retirer les photos inutiles et ne garder que les photos les plus intéressantes. Ensuite, il faut surtout penser à bien les sauvegarder sur des disques durs fiables et à avoir toujours une double sauvegarde. Encore mieux, imprimez-les ou faites un album photo. Il sera toujours plus facile de les revoir ensuite sur un support physique qui résiste au temps.

Si vous voulez en savoir plus sur ma méthode d’archivage et de sauvegarde en voyage, vous pouvez consulter mon livre Check-list du Photographe Voyageur, disponible gratuitement ici.
La photographie au service de la mémoire
La photographie et le voyage sont et resteront toujours liés. À travers les siècles, les explorateurs et les photographes ont immortalisé leurs découvertes, permettant à des générations entières de voir le monde à travers leurs yeux. Aujourd’hui, nous continuons cette tradition. Que vous soyez un photographe amateur ou professionnel, rappelez-vous que chaque image que vous capturez est un souvenir précieux, une trace de vos aventures à travers le monde.
Alors, ne résistez pas à l’envie de prendre des photos. Vous construisez, image après image, la mémoire de vos voyages.