Quand j’ai réellement commencé la photographie et acheté mon premier appareil photo reflex, je me suis retrouvé complètement perdu face à la panoplie d’objectifs existant sur le marché de la photographie. C’était juste impressionnant.
On se pose des questions sur la compatibilité, la différence de focale entre les pleins formats, les APS-C et tous les autres types de capteurs existants.
On se demande ce qui change réellement entre telle focale et une autre, entre une ouverture et une autre. Est-ce que cela va correspondre à notre style de photographie, est-ce que cela vaut le coup d’avoir une optique lourde et encombrante ?
Si on s’immisce dans les avis, tout est également mêlé et on n’y comprend rien au final, car le choix d’un objectif photo est complètement personnel. Il n’existe pas de règles universelles, seul votre ressenti compte. Certains ne jurent que par les téléobjectifs, d’autres par les grands angles, et d’autres encore ne militent que pour les focales fixes.
Dans cet article, je ne vais pas décrire comment fonctionne un objectif photo, je ne ferai même aucune référence technique ; d’autres articles sur internet en parlent mieux que moi. Ce que je vais chercher à expliquer, c’est que le choix d’un objectif photo est totalement subjectif et doit être corrélé avec le style et l’envie du photographe. Je veux aller au plus simple et parler de pratique réelle.
Les questions à se poser
Tout d’abord, la première question à se poser est : de quel type d’objectif n’aurez-vous jamais besoin ? Posez-vous cette question, et si vous avez une réponse précise de ce que vous ne souhaitez pas, vous allez déjà écarter un très grand nombre d’objectifs disponibles sur le marché.
Vous ne voulez pas d’objectifs zoom (téléobjectifs ou zooms polyvalents) ? Écartez-les. À l’inverse, vous n’avez pas besoin de focales fixes ? Écartez-les également. Vous verrez que votre liste va drastiquement s’alléger.
Ensuite, de quelle focale n’avez-vous pas besoin ? Les grandes focales ne vous attirent pas ou vous ne vous sentez pas à l’aise pour prendre des photos avec ? Écartez-les. Faites l’inverse dans le cas contraire.
Quand vous savez ce que vous ne voulez vraiment pas, vous êtes déjà très bien avancés.
Maintenant, il reste la question de l’encombrement, une question très souvent oubliée lors du choix d’un objectif. Êtes-vous prêt à porter dans votre sac ou à bout de bras un objectif qui pèse plus d’un kilo ? C’est une question très importante, car si vous faites des randonnées ou des treks, chaque kilo compte et plus la distance est grande, plus vous risquez de ressentir le poids de votre matériel sur le dos.
Le capteur
Avant de choisir un objectif, il est crucial de comprendre l’impact de la taille du capteur sur la conception des objectifs et le poids final de votre équipement photographique. Généralement, plus un capteur est grand, plus les objectifs correspondants seront volumineux et lourds pour obtenir un champ de vision équivalent.
Comparons deux objectifs quasi équivalents pour les capteurs APS-C et plein format, en utilisant les exemples 16-55mm f/2.8 pour APS-C et 24-70mm f/2.8 pour plein format :
Capteur APS-C (16-55mm f/2.8)
- Taille des lentilles : Les capteurs APS-C sont plus petits que les capteurs plein format, ce qui permet d’utiliser des lentilles plus petites pour obtenir le même champ de vision équivalent. Par exemple, un 16-55mm sur APS-C offre un champ de vision similaire à un 24-82mm sur plein format.
- Poids : En raison de la taille réduite des lentilles, les objectifs pour APS-C sont généralement plus légers. Moins de verre et de matériaux sont nécessaires, ce qui réduit le poids global.
- Ouverture : Maintenir une ouverture de f/2.8 constante à toutes les focales est plus facile avec des lentilles plus petites, ce qui contribue également à réduire le poids.
Capteur plein format (24-70mm f/2.8)
- Taille des lentilles : Les objectifs pour capteurs plein format nécessitent des lentilles plus grandes pour couvrir le plus grand capteur et offrir le même champ de vision. Par exemple, un 24-70mm sur plein format couvre un champ de vision qui nécessite des lentilles plus larges comparé à un 16-55mm sur APS-C.
- Poids : En raison de la taille plus grande des lentilles, les objectifs pour plein format sont généralement plus lourds. Plus de verre et de matériaux sont nécessaires pour construire des lentilles plus grandes et plus lourdes.
- Ouverture : Maintenir une ouverture de f/2.8 avec des lentilles plus grandes implique plus de verre et des constructions optiques plus robustes, ce qui ajoute également du poids.
En résumé, les objectifs destinés aux capteurs APS-C sont généralement plus compacts et légers que leurs homologues conçus pour les capteurs plein format. Cette différence de taille et de poids découle de la nécessité pour les objectifs plein format de couvrir une surface de capteur plus grande, ce qui implique l’utilisation de lentilles plus imposantes. Ainsi, lorsque vous transportez deux à trois objectifs dans votre sac à dos, vous remarquerez rapidement la différence de poids entre un APS-C et un plein format.
Pour moi, la taille et le poids de mon équipement photo sont d’une importance capitale, car je peux parcourir jusqu’à 20 km en randonnée avec tout mon matériel, et chaque gramme en moins réduit ma fatigue et prévient les douleurs dorsales.
Comme je l’ai déjà expliqué dans un précédent article sur la différence entre les reflex et les hybrides, j’ai opté pour un changement complet vers Fujifilm. En plus de la qualité de leurs appareils photo, le fait qu’ils proposent des modèles APS-C se traduit par des objectifs plus compacts et plus légers. C’est un avantage crucial pour moi, en particulier lors des randonnées et des treks. C’est pourquoi j’ai choisi un hybride APS-C chez Fujifilm, réduisant ainsi le poids sans trop sacrifier la qualité d’image par rapport aux appareils photo haut de gamme avec un plus grand capteur. Tout est une question de compromis et de choix. Pour moi, un Fujifilm APS-C me suffit amplement.
Pour complexifier le tout, il est essentiel de comprendre l’équivalence des focales entre les différents types de capteurs. Par exemple, sur un capteur APS-C, un objectif de 35 mm offre un champ de vision équivalent à celui d’un objectif de 50 mm sur un capteur plein format, en raison du facteur de recadrage de 1,5x ou 1,6x. De même, pour un capteur Micro 4/3, avec un facteur de recadrage de 2x, un objectif de 35 mm correspond à une focale de 70 mm en équivalent plein format. Cette conversion est cruciale pour anticiper le rendu des images et choisir l’objectif qui convient le mieux à vos besoins photographiques. Faites donc très attention que l’objectif que vous allez avoir entre les mains soit bien compatible avec votre capteur. Je vous encourage à consulter l’article très instructif de Laurent Breillat, qui explique comment la taille de votre capteur influence totalement notre approche d’un appareil photo.
Test grandeur nature
Pour le choix des objectifs, il faut prendre en compte nos propres compromis et préférences. Aucun autre photographe que vous ne pourra répondre à vos questionnements. Ils peuvent vous conseiller, partager leur expérience avec tel ou tel objectif, mais rien ne remplacera votre ressenti.
C’est pour cela que rien ne vaut de tester le matériel avant de l’acheter. De nombreux magasins proposent des tests d’objectifs ; si ce service n’est pas explicitement offert, n’hésitez pas à demander. Parfois, un essai en magasin ne suffit pas, et il vous faudra plus de temps et différents environnements pour vous forger une opinion. C’est là que la location d’objectifs entre en jeu.
En louant un objectif pour quelques jours, par exemple, vous pouvez vous forger une opinion éclairée, bien plus précise que celle que vous obtiendriez en lisant des articles ou en regardant des vidéos de tests sur internet.
Pour louer un objectif, rien de plus simple. Vous pouvez d’abord vous renseigner auprès de votre magasin photo habituel pour savoir s’ils proposent ce service. Sinon, vous pouvez également opter pour la location en ligne, sur des sites tels que objectif-location.fr ou pixloc.fr.
Personnellement, j’ai testé objectif-location.fr. J’hésitais entre l’achat et la location d’un objectif pour une occasion particulière, et j’ai bien fait d’avoir choisi la location. Une fois le test terminé, j’ai réalisé que l’objectif aurait probablement fini au fond d’un placard, car je ne m’en serais pas beaucoup servi. Pour le prix de la location, j’ai évité de perdre une grosse somme d’argent. Je ne peux que vous recommander de tester un objectif avant de l’acheter. Cela vous fera gagner du temps et vous évitera de dépenser inutilement.
Prenons un exemple : vous souhaitez tester un objectif Fuji 23mm f/1.4. Vous le réservez sur objectif-location.fr pour une semaine, ce qui vous coûtera 69€ au total. Le jour du début de la location, vous recevez l’objectif par colis, et le jour de la fin de la location, vous le renvoyez avec une étiquette déjà préremplie. Ainsi, vous avez pu tester l’objectif pour voir s’il vous convient, s’il est adapté à votre pratique. Si tel est le cas, vous pouvez l’acheter d’occasion pour environ 400€ ou neuf pour 800€. Si l’objectif ne vous plaît pas, vous aurez seulement perdu 69€, bien loin des 400€ à 800€ que vous auriez dépensés sans avoir pu le tester au préalable.
Par ailleurs, n’hésitez pas à explorer le marché de l’occasion. De très beaux objectifs sont disponibles à des prix raisonnables par rapport au neuf. Je recommande notamment le site mpb.com, qui propose un large éventail de matériel photo, que ce soit des appareils, des objectifs ou des accessoires. Ce site gère lui-même le matériel, ce qui le distingue des sites de vente entre particuliers comme leboncoin.fr. Chaque article est vérifié par des experts, et ce que vous voyez en photo correspond exactement à ce que vous achèterez. Des photos supplémentaires sont prises en cas de défauts, ce qui réduit au maximum le risque de mauvaise surprise.
Mon avis personnel
Personnellement, je me suis limité à deux objectifs maximum, je n’ai jamais eu en ma possession plus de deux objectifs et je m’y suis habitué.

Mes deux objectifs sont le 10-24mm f/4 et le 16-55mm f/2.8 au format APS-C. Ces deux objectifs, je les connais par cœur, je connais leurs qualités et leurs défauts. Au quotidien, j’utilise uniquement le 16-55mm car je sais qu’il peut répondre à tous mes besoins en photographie. Sa grande ouverture me permet de l’utiliser durant les périodes de faibles luminosités, et sa plage focale peut répondre à toutes les situations, sans compter sur la qualité optique qu’il peut offrir. Son petit plus, il possède une bague d’ouverture du diaphragme graduée et crantée, ce qui me permet de savoir en un seul coup d’œil à quelle ouverture je suis et de régler rapidement l’ouverture selon mes besoins. Ses défauts : il n’est pas stabilisé et il est un peu encombrant, mais largement moins encombrant qu’un objectif plein format équivalent. Ce 16-55mm est mon objectif préféré, tout simplement.

Pour compléter, j’ai ajouté le 10-24mm pour les besoins en paysage. Avec son ultra grand-angle, je peux capturer l’immensité des paysages que je vois, mais je peux également zoomer rapidement si je dois capturer une séquence qui se trouve à proximité immédiate. Je peux également l’utiliser en portrait et en photo de rue, il est polyvalent. Sa grande force réside dans sa légèreté et son encombrement : il pèse exactement 410 grammes et mesure 87 mm, quelle que soit la focale sélectionnée. Sa longueur ne varie pas lorsque je zoome, contrairement à la majorité des objectifs. Il possède une très belle qualité optique et, de plus, il est stabilisé, ce qui me permet de filmer avec cet objectif.
En ce qui concerne l’ouverture du diaphragme, ces objectifs possèdent une ouverture constante, c’est-à-dire que que l’on soit à 16mm ou à 55mm, l’ouverture maximale ne change pas, elle reste à f/2.8. Il en va de même pour le 10-24mm : que l’on soit à 10 ou 24mm, l’ouverture reste à f/4. C’est très pratique, car beaucoup d’autres objectifs zoom possèdent une ouverture variable. Dans ce dernier cas, plus on zoom, plus l’ouverture diminue. Et plus l’ouverture diminue, moins de lumière entre dans le capteur, ce qui oblige à monter dans les ISO. Cependant, l’ouverture constante rend les objectifs plus grands et plus lourds par rapport à des objectifs à ouverture variable.
Concernant la montée en ISO, c’est-à-dire la sensibilité, vous devez connaître les limites de votre appareil photo. Jusqu’à quelle valeur peut-il monter sans perdre en qualité ? Pour le découvrir, il faut expérimenter. Prenez des photos avec votre appareil dans des conditions de faible luminosité à différentes sensibilités, puis transférez-les sur votre ordinateur pour les analyser. Vous remarquerez qu’à partir d’une certaine valeur ISO, vos photos deviennent bruitées, dégradées et manquent de détails. Même en essayant de les corriger avec Lightroom, vous n’obtiendrez pas une image satisfaisante. Ne vous fiez pas uniquement aux valeurs maximales fournies par le fabricant. Certes, les appareils photo d’aujourd’hui peuvent atteindre des valeurs ISO astronomiques, mais cela ne garantit pas la qualité des images à ces niveaux. Une fois de plus, c’est sur le terrain, en utilisant votre matériel, que vous pourrez vraiment évaluer ses performances.
Le choix de votre objectif devrait également prendre cela en compte. Si vous prenez souvent des photos dans des conditions de faible luminosité, un objectif avec une grande ouverture sera très utile. Mieux vaut opter pour une grande ouverture que de devoir monter très haut en ISO.
Il est important de noter que tous les objectifs n’offrent pas une ouverture constante, donc assurez-vous de vérifier ce point avant d’effectuer un achat, surtout si cela est crucial pour vous.
Prenons l’exemple d’un test que j’ai réalisé avec la location d’un zoom Fuji 100-400mm f/4,5-5,6. Lorsque vous voyez une valeur d’ouverture comme f/4,5-5,6, cela signifie une ouverture variable : à 100mm, vous avez une ouverture maximale de f/4,5 et à 400mm, une ouverture maximale de f/5,6. En journée, je n’ai rencontré aucun problème ; l’objectif se comportait particulièrement bien, voire excellent. Cependant, dès que la luminosité diminuait, c’était une autre histoire. Le capteur ne recevait tout simplement pas assez de lumière. J’ai compensé cela en augmentant les ISO, mais à un certain moment, il était tout simplement impossible de prendre des photos correctes. Idéalement, j’aurais dû utiliser un objectif à focale fixe avec une grande ouverture, comme le Fuji 200mm f/2, parfait pour les faibles luminosités.
Encore plus de simplicité
Lors de mon dernier voyage à Copenhague la semaine dernière, j’ai pris la décision d’emporter avec moi un seul objectif : le 16-55mm. J’avais envie de voyager plus léger, de simplifier mes choix. Cette expérience m’a vraiment plu, et je n’ai ressenti aucun besoin de changer d’objectif. Je vous encourage à essayer : si vous possédez plusieurs objectifs, prenez votre préféré, qu’il soit fixe ou zoom, et laissez les autres à la maison. Vous verrez, cela vous sortira de votre zone de confort et vous n’hésiterez plus à vous demander si vous devez changer d’objectif ou non. Vous travaillerez avec ce que vous avez, ce qui peut stimuler votre créativité.

Dans ma vie quotidienne, j’ai toujours mon appareil photo avec moi et je n’emporte qu’un seul objectif. Ce n’est que lors de grands voyages que j’emporte les deux objectifs avec moi. Le reste du temps, le 16-55mm est fixé à mon appareil photo à tel point que je le connais par cœur, et je suis capable de prendre des photos sans même regarder.
Que vous optiez pour un zoom ou une focale fixe, peu importe : choisissez l’objectif qui vous convient le mieux, celui avec lequel vous êtes le plus à l’aise, et amusez-vous avec. En limitant vos choix, vous n’avez d’autre choix que d’être créatif. De plus, vous ne perdrez pas de temps à changer d’objectifs ; vous serez toujours prêt à prendre des photos, sans temps mort. N’hésitez pas à capturer tout ce qui attire votre regard. Après tout, c’est juste une photo ; vous n’avez rien à perdre en appuyant sur le déclencheur.
Si vous débutez dans la photographie, pour limiter encore plus vos choix, optez pour une focale fixe et ne la changez pas. Vous pourrez ainsi vous concentrer sur le triangle de l’exposition (vitesse d’obturation, ouverture et sensibilité) sans vous soucier de la focale. C’est le meilleur moyen de s’entraîner et de progresser. J’ai suivi cette méthode pendant des années avec un 35mm.
Au final, combien d’objectifs vous faut-il ?
La réponse est propre à chacun. Il n’y a pas de réponse universelle à cette question. Tout dépend de votre style, de vos besoins, de vos ressentis, et surtout de votre expérience.
L’expérience joue un rôle crucial dans la vie d’un photographe. On essaie, on se trompe, on se sent à l’aise avec certains objectifs, on se sent frustré avec d’autres. Rien ne peut remplacer l’expérience pratique sur le terrain. Je vous conseille de louer les objectifs qui vous intéressent pour les tester dans les conditions réelles auxquelles vous êtes habitué avant de les acheter. De même, pensez à la location si vous ne prévoyez d’utiliser un objectif que pour des voyages ou des événements ponctuels. Mieux vaut dépenser 200€ pour une location que 1300€ pour un objectif qui restera inutilisé dans votre placard.
Ce n’est pas grave de se tromper
Si vous faites un mauvais choix, ne vous en voulez pas. Il est inutile de s’acharner à prendre des photos qui ne vous plaisent pas. Le marché de l’occasion offre de nombreuses possibilités, vous pouvez revendre votre objectif à des particuliers ou à des magasins spécialisés. Même le site que j’ai mentionné précédemment, mpb.com, peut racheter votre matériel photo.
J’aimerais conclure sur une expression que j’apprécie particulièrement : « Less is more ». Cette expression, originaire du domaine de l’architecture, suggère que la simplicité et la réduction des éléments superflus peuvent conduire à un résultat plus efficace et esthétique. Cette philosophie prône la sobriété et l’élégance épurée, suggérant que se concentrer sur l’essentiel peut souvent créer un impact plus puissant. C’est la même chose en photographie : en se concentrant sur l’essentiel, en minimisant notre équipement, nous pouvons avoir un impact sur notre art. Nous nous dispersons moins, sommes moins tentés de changer d’objectif, perdons moins de temps et prenons plus de photos en nous limitant aux capacités de notre matériel. En fin de compte, cela nous rend plus créatifs.